Karen Empeño et Sherlyn Cadapan, deux étudiantes « disparues »

Karen Empeño et Sherlyn Cadapan sont devenues, sur les campus philippins, les symboles des violations des droits humains que subissent les militant-e-s politiques dans le pays. Ces deux étudiantes de l’University of the Philippines (UP) ont « disparu » le 26 juin 2006 à Hagonoy, dans la province de Bulacan (au nord de Manille). Des militaires sont soupçonnés de leur disparition.

Un nom revient souvent dans les témoignages qui permettent de retracer ce que sont devenues Karen et Sherlyn : celui du général Jovito Palparan. Surnommé « le boucher », le général avait été affecté à Bulacan pour y mener, comme il l’avait fait quelques années auparavant à Mindoro, des opérations militaires contre la guérilla communiste. Les nombreux cas de disparitions et de tortures, de représailles sur les populations civiles, qui se sont produits sous sa responsabilité lui ont valu ce surnom de « boucher ».

Des témoignages concordant établissent que des hommes du général Palparan ont enlevé, torturé et violé Sherlyn et Karen. Un paysan, Manuel Merino, a été enlevé en même temps qu’elles deux. Raymond Manalo, un paysan également de Bulacan, a témoigné devant la justice philippine (mais aussi devant le conseil des Nations Unies aux droits de l’homme) que lui et son frère, Reynaldo, ont été enlevés en février 2006 et torturés par les hommes du général Palparan dans un camp militaire. C’est dans ce camp – dont il s’est plus tard miraculeusement sauvé – qu’il a vu Merino être brûlé vivant par des soldats, qu’il a pu voir aussi Sherlyn et Karen, entendre leurs cris lorsqu’elles ont été torturées et violées.

Karen et Sherlyn étaient des militantes politiques. Le père de Karen, Oscar, avait été un dirigeant local d’un syndicat de travailleurs à Zambales. Karen étudiait la sociologie à UP, où elle était membre de la League of Filipino Students (LFS). Sherlyn, elle, étudiait le sport. Elle était membre de la sororité Beta Lambda Kappa Sorority et avait été élue représentante du département de sports en 1999.

Les deux jeunes femmes, lors de leur « disparition », se rendaient dans des communautés paysannes déshéritées de la province de Bulacan. Depuis juin 2006, à UP comme sur d’autres campus philippins, Karen et Sherlyn sont les symboles de la répression qui s’abat sur les militant-e-s politiques. Leurs proches mènent inlassablement un combat pour que les militaires expliquent ce que sont devenues Karen et Sherlyn. Ils ont rejoint Desaparecidos, une organisation qui réunit des dizaines de proches de « disparu-e-s ».

 

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