Qu’est ce qu’Oplan Bantay Laya?

C’est sous le régime militaire de Ferdinand Marcos, au début des années 1980, et avec l’aide des États-Unis, que l’armée philippine a commencé à utiliser les techniques de la guerre anti-insurrectionnelle pour essayer de mettre fin à l’insurrection armée communiste, née à la fin des années 1960. En 1986, Marcos a été renversé et le nouveau régime, toujours appuyé par les États-Unis, a continué sa « sale guerre ». Les vigilantes (escadrons de la mort) ont alors fait leur apparition, terrorisant, torturant et assassinant les militant-e-s progressistes et les populations civiles favorables à l’insurrection armée.

Depuis 2001, prenant Abu Sayyaf et ses liens avec Al Qaeda comme prétextes, les États-Unis ont renforcé leur soutien à la guerre anti-insurrectionnelle menée par l’armée philippine. En janvier 2002, le président George W. Bush, avec l’appui inconditionnel de la présidente des Philippines, Gloria Macapagal Arroyo (GMA), a ouvert, dans l’archipel, un « deuxième front » à la « guerre contre le terrorisme », appelé « Operation Freedom Eagle ».

Sous le nom d’Oplan Bantay Laya, depuis presque une décennie, l’Armée philippine mène donc une guerre à la fois contre Abu Sayyaf et le mouvement séparatiste moro (au sud du pays), mais aussi contre l’insurrection armée communiste (dans l’ensemble de l’archipel). En juin 2006, GMA a promis de mettre fin, d’ici la fin de son mandat (juin 2010), à la guerre populaire menée par la NPA (New People’s Army) et le CPP (Communist Party of the Philippines). Cette « guerre totale » contre le CPP-NPA s’est traduite par une aggravation de la militarisation des campagnes, des déplacements encore plus nombreux de populations civiles et une augmentation dramatique du nombre des victimes de violations des droits humains.

Il est difficile de chiffrer exactement les victimes d’Oplan Bantay Laya. Mais les organisations luttant contre les violations des droits humains estiment que plus de 1 200 personnes ont été assassinées ou ont « disparues » depuis 2001. Sont tout particulièrement visés les membres de syndicats de paysans (comme KMP) et de travailleurs (comme KMU), d’organisations de femmes (comme Gabriela), de défense des droits humains (comme Karapatan) et d’organisations politiques progressistes (comme Bayan Muna). Mais on compte également parmi les victimes des journalistes, des membres d’organisations  étudiantes, des leaders de minorités ethnolinguistiques, des ecclésiastiques, etc. Le cas des “43 de Morong” est sans doute le plus connu et emblématique de la répression qui touche les personnes investies dans l’amélioration concrète des conditions de vie des communautés les plus pauvres.

Mais, simultanément à son annonce de la reprise des négociations de paix avec le CPP-NPA-NDF, il a prolongé Oplan Bantay Laya qui se terminait normalement avec le mandat de l’ex-présidente (GMA).

Pour des statistiques sur les victimes d’Oplan Bantay Laya, voir le dernier bulletin de Karapatan.

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